Ce que les chiffres disent
Le 8 octobre, cinq auteurs de la Banque de France ont mis en ligne le billet n° 463. Ils ont classé 310 codes de professions selon leur exposition à l’IA, puis suivi les embauches en CDI des 21-29 ans entre janvier 2019 et mars 2026, à partir des déclarations de mouvements de main-d’œuvre.
Dans le cinquième des professions le plus exposé à l’IA, les embauches de 21-29 ans en CDI se situent, en mars 2026, « environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022 ». Dans le cinquième le moins exposé : 8 %.
Chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, l’écart entre ces deux groupes de professions se réduit. Puis, écrivent les auteurs, il « devient presque inexistant pour les salariés de 50 ans et plus ».
« …puis devient presque inexistant pour les salariés de 50 ans et plus. » — Banque de France, billet n° 463, 8 octobre 2026
Ce que les chiffres ne disent pas
Je ne veux pas en faire plus que ce que les auteurs en font, et ils sont prudents.
L’indice d’exposition mesure ce que l’IA pourrait techniquement faire dans un métier, pas ce qu’elle y fait réellement. Les écarts de recrutement sont une association, pas une cause démontrée : le resserrement monétaire, la correction du secteur technologique et le télétravail touchent les mêmes emplois. L’emploi total, lui, ne montre pas de divergence statistiquement nette. Et les auteurs écrivent que « nos résultats ne permettent pas d’établir que ce mécanisme est déjà à l’œuvre en France ».
Enfin, le billet ne dit pas que les 50 ans et plus sont plus embauchés. Il dit que, pour eux, la différence entre métiers exposés et métiers moins exposés a presque disparu. Ce n’est pas la même chose, et la confusion entre les deux circule déjà.
Ma lecture, qui n’est pas leur conclusion
Je ne sais pas pourquoi l’écart s’efface avec l’âge. Les auteurs ne le savent pas non plus. Voici ce que j’en retiens, comme une hypothèse de travail.
Un poste d’entrée est fait de tâches qui se décrivent : on les explique en une page, on les confie à quelqu’un qui débute, il les répète. Ce sont aussi celles qu’un logiciel apprend à tenir en premier. Après vingt ou trente ans de métier, ce qui fait votre valeur n’est plus sur la page : savoir qu’un client se trompe de question, repérer le détail qui ne doit pas passer, connaître la personne à appeler avant que le problème ne soit un problème.
Si cette hypothèse tient, la porte qui se resserre en premier est celle par laquelle on apprend en exécutant. Ce n’est pas celle par laquelle on entre quand on sait déjà juger.

Ce que vous pouvez faire de cela cette semaine
Le billet ne dit pas que vous êtes à l’abri. Voici une question plus utile que « l’IA va-t-elle me remplacer ? ».
En pratique
En pratique. Sur une page, notez les dix dernières choses pour lesquelles on vous a remercié. Barrez celles qu’une personne qui débute, bien guidée, ferait en une semaine. Ce qui reste est ce que vous avez à proposer, et c’est ce que le Diagnostic de Singularité vous aide à décrire avec précision.
Quand on change de métier à 50 ans, la difficulté est de dire en deux phrases ce que son expérience vaut pour quelqu’un d’autre.
Mettre des mots sur ce qui ne se copie pas
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Marc Julié — Coach professionnel certifié RNCP et praticien senior (École Française de Coaching). Après plus de vingt ans de terrain en communication, digital et gestion de projets, j’accompagne à La Rochelle les professionnels expérimentés qui sentent qu’un chapitre appelle, sans vouloir tout casser.

